Cela faisait quelques années que nous n'étions plus allés au parc animalier de La Reid. A cette époque, le parc présentait au public des animaux vivant - ou ayant vécu - dans nos forêts. Il y avait notamment une très belle meute de loups européens. Les choses ont changé : on peut y voir à présent des animaux venant d'autres continents, les enclos ont été redistribués et les deux loups tristes qui y sont emprisonnés sont canadiens.
Si j'ai toujours eu beaucoup de mal à établir le contact avec mes semblables, cela se passe plus aisément avec les animaux, spécialement les loups...
Un loup dormait, tournant ostensiblement le dos aux visiteurs mais le deuxième, couché plus loin, était plus attentif à ce qui se passait au delà de son enclos. Voici son message ou du moins ce que j'en ai perçu :
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| "Encore une qui vient me prendre en photos. J'étais venu me coucher derrière cet arbre pour avoir la paix !... Bon, elle a l'air d'insister. Je vais aller voir ce qu'elle veut." |
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| "Le grillage t'ennuie ? Et moi, donc ! J'ai pris perpète et je ne sais même pas ce qu'on me reproche ! Je n'ai eu droit ni au procès ni à la moindre explication ! Elle est belle l'espèce humaine ! A ta place, je ne serais pas fière !..." |
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| "A cette distance, on verra moins la double clôture. J'espère que tu témoigneras de ce qu'est ma vie ici. Tes congénères disent que je suis un monstre cruel et sanguinaire ! Je pourrais vous retourner le compliment !" |
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| "Moi qui aime les grands espaces et la liberté, me voilà confiné dans cet enclos. Et tu as vu les enclos voisins ? Des cerfs, des daims, des mouflons !... De quoi devenir neurasthénique ! Certes, je suis logé et nourri, mais je paie le prix fort : l'humiliation. Ma vie ici est une véritable vie de chien !..." |
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| "Je vois bien que tu me comprends mais cela n'apporte aucune solution à mon problème. Tu es comme les autres : tu ne feras rien pour moi et tout le monde trouvera que c'est dans l'ordre des choses..." |
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"C'est ainsi. Nous sommes des ennemis héréditaires... Je parie qu'il ne te faudra même pas cinq minutes pour oublier ma misérable existence . Tu peux me laisser, maintenant. J'aimerais un peu avoir la paix. Je n'ai que faire de ta pitié !...
Adieu !" |